Cet article rend compte d’une enquête menée à Lyon et à Grenoble, deux territoires où des exécutifs écologistes sont arrivés au pouvoir à des moments différents : en 2014 à Grenoble et en 2020 à Lyon.
Son objectif a été de chercher à répondre à la question suivante : comment transformer une ambition politique de transition écologique en action publique locale ?
L’enquête montre tout d’abord qu’il ne suffit pas qu’exécutif avec une forte volonté écologiste arrive au pouvoir pour que se mette en place des actions publiques favorables à la transition écologique.
En effet, cela nécessite des capacités administratives concrètes qui vont-elles-même dépendre de quatre conditions décisives :
Les collectivités ne faisant pas face à une seule crise homogène mais plutôt à une accumulation de risques (canicule, inondations, tensions énergétiques, difficultés d’accès au logement, contraintes financières, fragilités sociales etc.), il est nécessaire pour elle de comprendre quelles sont les vulnérabilités de leur territoire pour agir au mieux. Pour cela elles peuvent mobiliser plusieurs outils.
La ville de Grenoble a par exemple, fait appel au « donnut territorial », un outil de diagnostic territorial permettant de croiser les dimensions sociales et environnementales de la transition, tout en offrant l’occasion de créer des échanges et un dialogue entre les différents services municipaux.
La Métropole du Grand Lyon a quant à elle choisi de se concentrer sur l’impact de ses dépenses publiques sur la transition écologique. Ainsi, au lieu de classer ses lignes budgétaires comme « vertes » ou non à partir d’un intitulé, le choix a été fait d’évaluer leurs effets sur le territoire.
La transition écologique ne peut se faire qu’avec une transformation plus large du fonctionnement de l’administration, elle ne peut être portée que par quelques élus ou une direction spécialisée.
Il est alors nécessaire d’acculturer les services, via les formations des agents, des ateliers collectifs de sensibilisation mais également la mise en place de dispositif permettant de passer à l’action comme l’a fait la ville de Grenoble.
A Lyon, cette transformation interne passe par un projet d’administration participatif pour mieux articuler transition écologique, sociale et démocratique, ainsi que par la refonte de l’organigramme pour favoriser la coopération entre les services.
Les objectifs environnementaux sont généralement partagés, cependant leur mise en œuvre locale peut cependant créer des tensions.
Ainsi, à Grenoble, un travail autour des zones à faible émissions (ZFE) fut mis en place via une concertation, incluant plusieurs formats d’échanges, afin de pouvoir statuer sur les points les plus sensibles. Cependant ce travail local s’est heurté au projet de loi de simplification prévoyant la suppression des ZFE en avril 2026, démontrant ainsi que l’action locale des collectivités reste dépendante de l’État et de ces décisions.
Les collectivités locales doivent en effet apprendre à gouverner dans l’incertitude, en intégrant les risques liés au dérèglement climatique.
A Grenoble cela s’est traduit par des manageurs formés à la complexité et à la construction d’une stratégie de résilience. La ville a également créé en 2019 un laboratoire inter-administrations, dont l’objectif est de préparer les politiques publiques de demain en mobilisant divers outils. Enfin, pour ouvrir cette réflexion aux habitants, d’autres formats ont été pensé comme un serious game organisé lors d’une Journée de la Résilience.
A Lyon, cette logique est encore en construction, et aucun document cadre global n’existe encore pour l’instant. Cette approche passe plutôt actuellement par des chantiers sectoriels avec une priorité pour la Métropole : « prévenir les risques, limiter les impacts des pollutions diverses et mieux protéger nos différentes ressources ». Quant à la Ville, celle-ci a intégré le nouveau dispositif « « Cent villes climatiquement neutres ».
A retenir
Cette enquête montre qu’au-delà des annonces et des stratégies, la transition écologique locale doit pouvoir s’appuyer sur la capacité des collectivités à construire des outils de pilotage, à transformer l’organisation, à gérer les conflits d’usage et à préparer les crises futures.
De plus, l’exemple de ces deux villes montrent la nécessité d’un temps long pour pouvoir ouvrir les chantiers de la transition, puis stabiliser certains dispositifs et intégrer davantage les enjeux climatiques dans l’administration.
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