À l’occasion de la sortie de l’ouvrage Idées reçues sur le handicap, publié en 2025 aux éditions Le Cavalier Bleu, l’association Promotion Santé a rencontré Hugo Dupont, sociologue au GRESCO (Groupe de Recherche Sociologique sur les Sociétés). L’entretien, mené par Estelle Laurent, revient sur les représentations du handicap en France et sur les défis actuels de l’inclusion.
L'entretien est structuré en quatre grandes parties :
Les idées reçues sur le handicap
Les handicaps invisibles
L’inclusion scolaire
Le rôle et les mutations des établissements spécialisés
Le dossier ressource
La synthèse de l'entretien : https://promotion-sante-na.org/wp-content/uploads/2025/11/Synthese-de-lentretien-PSNA-Hugo-Dupont.pdf
La notion de handicap est récente. Apparue dans les années 1950, elle a d’abord été définie selon une approche médicale centrée sur la déficience. Depuis, elle s’est transformée grâce au militantisme et à l’évolution de la législation : on parle désormais de personne en situation de handicap, ce qui met l’accent sur les obstacles imposés par l’environnement.
Cette dualité terminologique — handicapé / en situation de handicap — illustre une définition encore instable et débattue, y compris parmi les personnes concernées.
Les chiffres montrent également un paysage complexe :
– 6 millions de personnes disposent d’une reconnaissance officielle via la MDPH ;
– 18 millions déclarent être limitées dans leur participation sociale.
L’augmentation des reconnaissances (RQTH doublées, nombre d’enfants reconnus handicapés triplé en 20 ans) ne traduit pas une explosion du handicap, mais une meilleure identification et une évolution de la société et des institutions.
Les handicaps invisibles restent difficiles à reconnaître dans le monde professionnel. Demander une RQTH implique un double parcours :
• s’identifier comme « handicapé »,
• accepter que cette information soit rendue visible aux collègues et à l’employeur.
Dans des milieux professionnels qui reposent encore fortement sur la performance et la productivité, ces démarches peuvent entraîner stigmatisation et incompréhension. Ce manque d’inclusivité explique la surreprésentation des travailleurs handicapés dans les emplois indépendants : une liberté d’organisation qui compense cependant une précarité accrue.
L’école française peine aujourd’hui à rendre l’inclusion pleinement effective. Plusieurs raisons :
• Organisationnelles : classes nombreuses, programmes denses, exigences élevées.
• Administratives : les droits sont accordés après des mois de délai, une fois les difficultés déjà constatées.
• Institutionnelles : la difficulté scolaire est souvent « handicapisée » ou médicalisée, sans remise en question des normes et pratiques scolaires.
Pour Hugo Dupont, une école inclusive ne consiste pas seulement à adapter les élèves à l’institution, mais bien à transformer l’institution elle-même.
Longtemps considérés comme ségrégatifs, les établissements spécialisés (IME, ESAT, ULIS, etc.) évoluent vers une logique d’accompagnement plus diversifiée. Toutefois, des inégalités sociales persistantes demeurent :
• les enfants des classes moyennes sont davantage orientés vers les ULIS ;
• les enfants issus des milieux populaires se retrouvent plus souvent en IME ou dans d’autres dispositifs spécialisés.
L’ESAT, autrefois conçu comme un cadre de vie durable, se présente désormais comme un tremplin vers le milieu ordinaire. Mais cette transition repose surtout sur une adaptation des personnes au marché du travail, plutôt que sur une transformation de ce marché pour le rendre réellement inclusif.
Quelles idées à retenir :
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